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Les femmes et le pouvoir : des progrès si fragiles

Les femmes et le pouvoir : des progrès si fragiles

16 Septembre

À l’automne 2012, avec l’arrivée de Pauline Marois à la tête du gouvernement du Québec, la première femme à devenir premier ministre de la province, on avait l’impression que le Québec, tout comme le reste du Canada, était à l’aube d’une révolution.

En effet, la première ministre du Québec n’était pas seule. Sur les 12 premiers ministres des provinces et territoires canadiens, on comptait, l’an dernier, six femmes. Assez pour que les traditionnelles réunions des premiers ministres commencent à ressembler à un ladies club. Mais ce virage n’a pas duré longtemps, ce qui montre la fragilité des gains des femmes dans le monde du pouvoir.

Sur les six femmes «premiers» ministres, il n’en restait que deux en avril 2014 : Kathleen Wynne en Ontario et Christy Clark en Colombie-Britannique. Pauline Marois a été défaite lors du scrutin du 7 avril; Alison Redford, la première ministre conservatrice albertaine, a quitté ses fonctions au terme d’une lutte intestine de son parti; Kathy Donderdale, première ministre de Terre-Neuve-et-Labrador, a remis sa démission; et Eva Aariak, première ministre du Nunavut, a choisi de ne pas se représenter.

Le Québec a reculé sur un autre terrain, celui de la députation féminine. Aux élections de 2012, les Québécois avaient envoyé 41 femmes à l’Assemblée nationale : 41 sur 125, ça donne une proportion de femmes de 39 %, ce qui est, à l’échelle canadienne, fort honorable. Le Québec faisait ainsi mieux que d’autres provinces, comme l’Ontario, où la proportion de femmes députées est de 25,3 %, la Colombie-Britannique, où elle est de 35,3 %, et l’Alberta, où elle se chiffre à 26,4 %. À l’échelle canadienne, avec 76 sièges sur 305 au Parlement, les femmes comptent pour un peu moins du quart, soit 24,9 %.

La domination québécoise a toutefois été de courte durée. Aux élections d’avril 2014, le nombre de femmes élues est passé de 41 à 34, ce qui a rabaissé leur proportion à 27 % de la députation, et le Québec retourne donc à la moyenne canadienne.

Mais le fait d’être dans la moyenne canadienne n’a rien d’impressionnant, parce que le Canada, à ce chapitre, est loin d’être un modèle. On le voit à plusieurs classements internationaux. Le Forum économique mondial, lors de sa rencontre de Davos, publie une étude annuelle, le Global Gender Gap Report, qui propose un véritable classement des pays pour ce qui est de la place accordée aux femmes. Dans sa version de février 2014, cet énorme document de 397 pages, très fouillé, classe le Canada au 20e rang d’un ensemble de 136 pays, riches et pauvres.

Si on limite la comparaison aux pays avancés, pour que l’on compare des réalités semblables, le Canada arrive au 14e rang. L’Islande est loin devant, suivie de la Finlande, de la Norvège, de la Suède, de l’Irlande, de la Nouvelle-Zélande, etc. Le Canada est toutefois devant les États-Unis, la France, l’Australie et l’Espagne.

Pourquoi? Le Canada se classe dans les premiers pour la participation économique – taux d’emploi, écart salarial, présence des femmes dans des métiers techniques. Il est dans le peloton de tête pour la santé et au premier rang pour l’éducation. Mais il perd tous ses points dans la catégorie de la participation des femmes à la vie politique où il se retrouve au 14e rang des pays riches.

Le même constat peut être fait à partir des indicateurs de l’Organisation de coopération et de développement économiques sur l’égalité hommes-femmes. En ce qui a trait au pouvoir politique, le Canada se retrouve au 17e rang sur 34, à peu près dans la moyenne de l’OCDE, devant les États-Unis, l’Italie, la France, le Royaume-Uni, mais, encore là, derrière les pays du nord de l’Europe.

Cette sous-représentation féminine dans les cercles de pouvoir, on la trouve aussi dans le monde économique. L’OCDE utilise comme indicateur la participation des femmes dans les conseils d’administration. Le Canada se classe parmi les derniers, mais il n’est pas seul, avec la Hollande, le Japon et l’Allemagne. Les c.a. canadiens comptent 7 % de femmes, contre 38 % en Norvège, 19 % en Suède et 18 % en France. Les écarts s’expliquent beaucoup par des choix institutionnels. La Norvège a une loi qui impose un plancher de 40 % de femmes dans les conseils. Au Québec, un comité mis sur pied par le gouvernement Charest, la «Table des partenaires influents», propose des mesures incitatives auprès des entreprises.

À ce chapitre, le Québec fait un tout petit peu mieux que le Canada. Selon une enquête réalisée en 2014 par Catalyst, qui utilise une autre méthodologie, le Québec compte 19,8 % de femmes dans les c.a. de ses entreprises, ce qui le place au troisième rang canadien, derrière la Nouvelle-Écosse (25,7 %), et la Saskatchewan (23,2 %). Ces données ne tiennent pas compte des sociétés d’État québécoises où une loi impose un seuil de représentation féminine. La proportion canadienne est de 15,9 %.

Ce qui est vrai pour les conseils d’administration est également vrai pour les postes de haute direction : 17,7 % des postes de hauts dirigeants des sociétés du Financial Post 500 étaient des femmes en 2011. On arrivait à une proportion semblable, 17,8 %, pour les sociétés dont le siège social est au Québec.

Nous sommes en retard. Les causes sont évidemment nombreuses; elles tiennent peut-être au fait que les femmes sont moins désireuses de progresser dans les hiérarchies. Mais les femmes souffrent aussi de discrimination souvent inconsciente, celle des old boys clubs qui les excluent.

Mais ce qu’il faut retenir, c’est que les progrès sont fragiles, qu’il reste du travail à faire. Et que ce travail doit être fait. Pas seulement au nom de grands principes de justice et d’égalité. Mais parce que c’est un non-sens de ne pas profiter pleinement de la contribution de celles qui constituent la moitié de la population.

 

Source : Alain Dubuc, 25 avril 2014

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