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La culture du boys club toujours bien ancrée dans les entreprises

La culture du boys club toujours bien ancrée dans les entreprises

3 Avril 2018

Les entreprises qui accordent une place aux femmes au conseil d’administration ont un rendement supérieur de 10 % par rapport à celles qui n’y comptent que des hommes. Mais les CA paritaires demeurent l’exception.

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Alors que la période des assemblées générales annuelles s’amorce, le sujet tombe à point. Les femmes occupent-elles la place qui leur revient, en 2018, sur les CA? Pour la présidente de VIA Rail Canada, Françoise Bertrand, la réponse s’impose d’elle-même.

«Bien sûr qu’il reste du travail. Il n’y a pas une femme qui va dire que l’on progresse assez vite. On a fait des bonds, mais maintenant, on stagne», affirme Mme Bertrand.

Morgan Stanley Capital International a compilé les résultats de 4000 sociétés depuis 2010, pour conclure que les CA qui comptent trois femmes ou plus en bénéficient en étant 10,1 % plus productifs que les autres.

«Les statistiques sont éloquentes. Lorsqu’il y a une diversité sur les CA, les entreprises sont plus performantes», dit Mme Bertrand, en entrevue au Journal.

La femme d’affaires ne se satisfait pas de la situation actuelle.

«Les conseils, surtout masculins, sont prêts à accueillir une ou deux femmes, mais ils ne veulent pas que la dynamique change trop vite.»

Pour apporter des changements significatifs, il faut les accueillir, et surtout écouter ce qu’elles ont à dire, dit-elle.

«Il faut qu’ils nous acceptent pour vrai. On n’est pas des chandelles! C’est sûr que l’on a une manière différente d’aborder des enjeux. Ça fait partie de la différence», ajoute-t-elle.

Mme Bertrand n’a jamais eu à jouer au golf ou à participer à des parties de pêche pour prendre sa place, et elle invite les femmes souhaitant s’investir dans des CA à le dire plutôt qu’à attendre qu’on les remarque.

«On est moitié-moitié dans l’univers. Il faut faire un petit effort. Il faut élargir le cercle», dit-elle.

Mme Bertrand est présidente du conseil d’administration de VIA Rail, qui compte six femmes sur douze membres autour de la table, incluant elle-même.

Imposer un quota?

Même si elle était contre au départ, Mme Bertrand est en train de se faire à l’idée que l’imposition de quotas sur les CA, comme en Norvège, n’est peut-être pas une si mauvaise idée.

«Si on stagne trop, il va falloir se résoudre à reconnaître que sans cela, on n’y arrivera pas.»

Rien ne peut être tenu pour acquis. Selon la vice-première ministre du Québec et ministre de l’Économie, Dominique Anglade, un électrochoc s’impose.

«Les femmes ne sont pas promues assez rapidement à l’intérieur des entreprises. On donne encore la priorité aux hommes. C’est un enjeu qui est culturel et qu’il nous faut continuer à discuter», a déclaré la ministre.

«On ne peut pas dire aujourd’hui qu’il n’y a pas de femmes qualifiées ou disponibles. Il y en a. J’ai confiance que ça va changer, mais il faut y travailler. Il y a un grand bout qui doit être réalisé par les hommes», a ajouté MmeBertrand.


Cible du fédéral

► 30 % de la représentation des femmes aux conseils d’administration dans tout le pays d’ici 2019

(source : Condition féminine Canada)


Place occupée par les femmes au sein de CA d’entreprises cotées en bourse, par province

  • 25,7 % Nouvelle-Écosse
  • 23,2 % Saskatchewan
  • 19,8 % Québec
  • 16 % Ontario
  • 11,9 % Colombie-Britannique

(source : Enquête Catalyst, mars 2014)


Pourcentage de femmes au CA de grandes sociétés, par pays

  • Norvège : 42 %
  • Finlande : 27 %
  • Suède : 25 %
  • France : 22,5 %
  • États-Unis : 16,1 %
  • Canada : 14,5 %
  • Chine : 8 %

(source : Deloitte)


Les principaux obstacles

  • Les préjugés
  • Le réseautage au sein du cercle fermé des vieux copains
  • La difficile articulation du travail et de la famille

(Source : Conseil du statut de la femme)

► «On entend dire que s’il y a plus de femmes sur les conseils d’administration, il va y avoir une perte de compétences, alors que c’est complètement faux!» affirme Angèle Bouffard, coordonnatrice du programme de leadership au YWCA de Québec.

20 % DE FEMMES SUR LES CA AU QUÉBEC

L’accès reste difficile, même en 2018

Avec des progrès à pas de tortue, le Québec est encore très loin de la zone paritaire en ce qui concerne la présence des femmes sur les conseils d’administration.

Le pourcentage de femmes sur les CA au Québec plafonne depuis quelques années autour de 20 %. Malheureusement, la culture des boys club est encore bien présente dans nombre de sociétés, affirme Angèle Bouffard, coordonnatrice du programme de leadership au YWCA de Québec.

L’arrivée au pouvoir de femmes comme Valérie Plante, première mairesse de Montréal, ou encore de Sophie D’Amours, première rectrice de l’Université Laval, donne une «fausse impression» que les choses s’améliorent, selon elle.

«Oui, il y a des avancées, mais c’est une sur 375 ans!»

Clonage

Dans les faits, la situation évolue très peu puisque les conseils d’administration restent encore majoritairement composés d’hommes.

«On se recrute entre nous. On se clone, en général. Les boys club sont encore très actifs», ajoute Mme Bouffard.

Un changement de mentalité s’impose, et vite, car Condition féminine Canada a établi la cible de la représentation des femmes sur les conseils d’administration pour les secteurs public et privé à 30 % d’ici 2019. Au Québec, on vise 40 % en 2028. À la vitesse où les chiffres progressent, il faudra un miracle pour y arriver.

D’ici 2034?

«Si on fait quelque chose pour se donner des mesures, on pourrait arriver à parité en 2034. Si on ne fait rien, ça va prendre 200 ans de plus!» ajoute le plus sérieusement du monde Mme Bouffard. Depuis quinze ans, le YWCA de Québec a formé près de 1000 femmes dans le cadre d’un programme axé sur le leadership. Les participantes ont reçu une formation de 15 heures pour les préparer à devenir des administratrices compétentes. Pour avoir une gouvernance équilibrée, il est essentiel, selon Mme Bouffard, de réunir autour de la table des gens de divers horizons.

«Imaginez, s’il n’y avait que des ingénieurs sur le conseil d’administration d’Hydro-Québec.»


► 16,1% : Proportion de femmes faisant partie de CA d’entreprises au Québec en 2010. En 2014, on était passé à 20 %, mais aucune amélioration n’a été enregistrée depuis.

► 45,4 % de femmes au sein des CA des sociétés d’État québécoises.

► 41,7% des sociétés canadiennes cotées en bourse ne comptent aucune femme à leur CA.

► 40-60 % : Ce que l’on considère être la «zone paritaire» du rapport homme/femme en entreprise.

 

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