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Parité à l’Assemblée nationale: gênante insignifiance

Parité à l’Assemblée nationale: gênante insignifiance

5 Juin 2018

Il y a deux ans, la Commission des relations avec les citoyens (CRC) de l’Assemblée nationale, sous l’impulsion de la députée libérale Karine Vallières, se donnait un mandat d’initiative pour se pencher sur la place des femmes en politique. La semaine dernière, elle accouchait d’un rapport particulièrement insignifiant, édulcoré par la lourde main de la majorité libérale. Cette inanité soulève de sérieuses questions sur le fonctionnement même des commissions parlementaires.

Ce ne sont pas les moyens qui ont manqué à la Commission. Et ce n’est pas que le sujet, celui de la place des femmes en politique, ne méritait pas un examen approfondi. Ainsi, la CRC a procédé à des consultations particulières au cours desquelles dix groupes et une personne furent entendus. Elle a reçu 13 mémoires. Un questionnaire fut mis en ligne auquel plus de 500 personnes ont répondu.

Après des modifications imposées par les « membres du groupe parlementaire formant le gouvernement », la Commission a produit un rapport comprenant sept recommandations, dont le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elles ne brillent pas par leur originalité.

Ainsi, les parlementaires ont recommandé que des campagnes soient menées auprès du grand public afin de valoriser les rôles « de personnes élues » : c’est ce que les groupes de femmes font depuis dix ans. Ils ont aussi recommandé de valoriser — ils affectionnent le mot — le mentorat, une pratique qui existe déjà. La plus volontaire des recommandations porte sur « la conciliation travail-famille-vie personnelle » à l’Assemblée nationale : on suggère que l’environnement de travail soit adapté. Mais on ne dit pas comment.

Dans le rapport, la principale exigence de la grande majorité des groupes entendus ne mérite qu’un court paragraphe. Ils réclament l’imposition de quotas afin d’atteindre la parité. On n’apprend rien de leurs arguments, et les élus du gouvernement, qui s’y opposent, ne présentent aucun des leurs.

La députée péquiste Catherine Fournier, qui est membre de la CRC, a exprimé ses réserves, mais le rapport n’en fait aucunement mention. Pour que sa dissidence fût consignée, il lui aurait fallu le consentement unanime des membres de la commission, notamment des libéraux qui y détiennent la majorité.

Ce droit à la dissidence devrait être garanti afin que les commissions rendent compte des vrais enjeux et fassent œuvre utile. Les parlementaires éviteraient ainsi de se complaire dans la gênante insignifiance que le gouvernement leur impose.

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